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Leurs seules armes sont celles de la raison et du cœur


La population de Téhéran est musulmane à plus de 90%, comme le reste de l'Iran.

L'Alsace.fr - Samedi 16 janvier 2010, Iran. Une fois encore, le sort des baha’is en Iran suscite une vive inquiétude. Les sept dirigeants de la communauté, la plus importante minorité religieuse non musulmane du pays, risquent la peine de mort, au seul motif de leur foi. Détenus depuis vingt mois à la prison d’Evin, à Téhéran, deux femmes et cinq hommes sont jugés depuis le 12 janvier.

Aucun observateur extérieur n’a été autorisé à entrer dans la salle d’audience. Selon les informations parvenues aux baha’is de France, même les avocats des accusés ont dû argumenter pour être autorisés à entrer. Ils n’ont pratiquement pas eu accès à leurs clients pendant leur détention. Les charges qui pèsent contre eux, rapportées par la presse officielle, laissent rêveur : « espionnage », « activités de propagande contre l’ordre islamique », « coopération avec Israël », « envoi de documents secrets à l’étranger », « actions contre la sécurité du pays », et… « corruption sur terre ».

Menacée, leur avocate, Shirin Ebadi, Prix Nobel de la Paix, n’est pas retournée en Iran depuis les troubles de juin 2009, et ses collaborateurs ont dû prendre la relève. L’un d’entre eux a été, à son tour, détenu pendant plusieurs mois. Shirin Ebadi vient de déclarer à Washington TV que le dossier de ses clients était vide et que ceux-ci devaient être libérés. Elle a déploré qu’en Iran, les baha’is n’aient pas les mêmes droits que leurs compatriotes.

Les baha’is sont, depuis le début de leur histoire, des boucs émissaires du pouvoir politique et religieux, y compris sous le règne du Shah. La pression est devenue plus forte depuis l’instauration de la République islamique, il y a 30 ans. Le régime applique avec constance les vieilles recettes de la théorie du complot. Les griefs varient au gré des circonstances. Ces derniers jours, ils ont été accusés par les journaux ultraconservateurs, d’être, pêle-mêle, « derrière » les troubles post-électoraux, d’avoir fomenté les manifestations du 27 décembre à l’occasion de la Fête de l’Achoura, d’être les conseillers occultes des réformateurs, et, accusation persistante, d’être « sous la direction du sionisme ». En réalité, les baha’is ont pour règle de s’abstenir de toute activité politique.

Le 3 janvier, treize autres baha’is ont été arrêtés, parmi lesquels des membres des familles des sept jugés, ainsi que Jinous Sobhani, ancienne secrétaire de Shirin Ebadi. En dix mois, il y a eu une soixantaine d’arrestations. À ce jour, 48 personnes sont encore incarcérées.

Parallèlement, la campagne anti-baha’is s’intensifie dans la presse officielle, au risque d’inciter la population à des pogroms comme le pays en a connu par le passé. Les baha’is sont considérés en Iran comme des « infidèles non-protégés » et qualifiés « d’ennemis de Dieu ». Sous-citoyens dans leur propre pays, ils sont privés d’études supérieures, d’accès à la fonction publique. En Iran, tuer un baha’i est sans conséquence pour le meurtrier. Il suffit d’être baha’i pour risquer de voir ses biens confisqués, d’être privé de retraite, interdit de prêt. À l’école, on encourage les enseignants à humilier en public leurs élèves. Des centaines de cimetières baha’is ont été profanés et rasés. Plus de 200 baha’is, dont deux mineurs, ont été exécutés depuis l’avènement de la République islamique.

Cette religion est née au milieu du XIX e siècle, en Iran. Son fondateur, Baha’u’llah, fils d’un noble persan, fut dépouillé de ses biens et chassé de l’empire ottoman, jusqu’à Saint-Jean d’Acre en Palestine (aujourd’hui Israël), où se trouvent les lieux saints baha’is. Parmi ses principes, l’égalité des droits de l’homme et de la femme, l’éducation universelle, la réconciliation de la science et de la religion. Les baha’is sont non-violents, leurs seules armes sont celles de la raison et du cœur.

Amnesty International s’est ému de leur sort en Iran, l’Union européenne et plusieurs États ont réagi. Les quelque 8 millions de baha’is du monde, issus de toutes les cultures, de toutes les classes sociales, ont les yeux braqués sur l’Iran.

Source: L'Alsace.fr

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